2012-03-04

 

L'escalade des génocides

Le roman Marseguro (Daw, 2008) du Canadien Ed Willett n'est pas une suite de son roman antérieur, Lost in Translation, mais les deux ouvrages ne sont pas si différents. Dans les deux cas, des individus doivent choisir leur camp et leur parti dans le contexte d'un affrontement plus vaste. La situation est toutefois plus complexe dans le cas du roman Marseguro. D'une part, la colonie de Marseguro, à des années-lumière de la Terre, héberge une double communauté qui inclut des humains génétiquement modifiés afin de vivre plus facilement dans un milieu aquatique — les Selkies — ainsi que des humains au génome d'origine qui sont les héritiers du concepteur des Selkies, Victor Hansen. D'autre part, la Terre est devenue un État unique gouverné par une dictature religieuse qui honnit les modifications génétiques et que les colons de Marseguro ont fui.

Lorsqu'un jeune colon marginalisé décide qu'il en a assez de se faire intimider par les Selkies de son âge, il envoie un message qui révèle aux Terriens l'emplacement demeuré secret de Marseguro. Une expédition se met en route pour décimer la colonie et faire subir aux Selkies le sort qu'ils méritent : une forme d'extermination, à plus ou moins court terme. Richard Hansen est un des membres de l'expédition. Il croit être le petit-fils de Victor Hansen (alors qu'il est en fait son clone), ce qui l'oblige à faire la preuve de sa loyauté au nouveau régime encore et encore. Mais la brutalité de l'occupation de Marseguro l'amène à remettre en question ses propres convictions.

Du coup, il rejoint le camp des Selkies, mais ceux-ci avaient prévu une riposte de la dernière chance en cas d'invasion terrienne. Ils déchaînent une arme biologique qui n'était censée cibler que les humains de l'expédition, mais qui va menacer en fin de compte presque toute l'humanité.

Willett exploite des idées parfois vieilles de cinquante ans (modifications génétiques pour adapter les humains à de nouveaux mondes, exécration religieuse et populaire des modifications humaines — ce qui remonte, dans la science-fiction, au moins à Slan), mais il a le don de les intégrer à des récits trépidants, qui ne manquent ni d'action ni de rebondissements et qui parviennent à renouveler des thèmes classiques en les enrichissant d'une sensibilité plus moderne. Dans Marseguro, les méchants restent parfois caricaturaux, mais les dilemmes des protagonistes se compliquent, au point où ils doivent envisager de devenir eux-mêmes ce qu'ils souhaitent combattre... En définitive, personne ne sort indemne de l'invasion de Marseguro, pas même le lecteur.

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